Sciences Po et l'Université de Montréal créent une chaire commune

- Nouvelle

Le 16 juin 2016, le Centre de recherches internationales (CERI) de Sciences Po et le Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal (CÉRIUM) ont lancé à Montréal une Chaire en études internationales. Alain Dieckhoff et Frédéric Mérand, respectivement Directeur du CERI et du CÉRIUM, nous présentent les ambitions de cette chaire.

Pourquoi le CERI et le CÉRIUM ont-ils établi une Chaire en études Internationales ? Quels seront ses objectifs ?

Alain Dieckhoff : Le CERI et le CÉRIUM sont des partenaires de longue date. Nos deux centres ont été fondés pour améliorer les connaissances scientifiques dans le domaine des relations internationales. L’objectif de ce partenariat est de nous permettre de construire et de diffuser une vision commune de la recherche en sciences sociales.

Le CERI (Centre de recherches internationales) est le plus grand centre de recherche de Sciences Po. Il est spécialisé dans l’étude des relations internationales et des grandes aires géographiques mondiales. Le travail de terrain ainsi que les méthodes empirique et comparative sont fondamentales dans son approche. A cet égard, CERI et CÉRIUM peuvent être considérés comme des “jumeaux”.

Grâce à cette Chaire en études internationales, nous souhaitons renforcer notre collaboration en lançant des projets de recherche conjoints, en formant les doctorants, et en organisant des séminaires, conférences et colloques sur les grandes questions internationales.

Frédéric Merand : Alain a raison de rappeler notre histoire commune. Créé en 2004, le CÉRIUM a été calqué sur le modèle du CERI. Il accueille aujourd’hui plus de 60 chercheurs en anthropologie, économie, sociologie, histoire, science politique, études religieuses et philosophie. Nous avons déjà co-organisé des écoles d’été avec des chercheurs du CERI comme Jean-Philippe Béja, Luis Martinez et Christophe Jaffrelot.

Ce qu’a dit Alain est vrai : nous partageons la même vision des choses. Le CERI et le CÉRIUM sont considérés comme les deux plus grands pôles de recherche francophones dans le domaine des études internationales. Tous deux sont très investis dans la formation l’information. Toutes nos activités ont le même objectif : sensibiliser aux questions internationales, qu’il s’agisse des chercheurs, des professionnels ou des citoyens. Nous cherchons à produire une recherche de pointe fondée sur le travail de terrain. Nos chercheurs sont ouverts sur le monde et font partie de la grande famille de la recherche mondialisée, tout en restant conscients de l’endroit d’où ils viennent.

Quels seront les principaux sujets de recherche de la chaire ?

A.D. : Nous nous intéresserons à tous les sujets internationaux qui nous permettent de mieux comprendre le monde complexe dans lequel nous vivons. Par exemple, les attaques qui ont endeuillé Paris, Bruxelles et Orlando mettent la communauté académique au pied du mur. Nous avons le devoir de comprendre en détail l’exacerbation de la violence islamiste au coeur de nos sociétés démocratiques. Pour cela, nous devons élaborer de nouveaux schémas de pensée : nous ne pouvons pas nous contenter des anciens cadres. Nous devons aussi adopter une approche résolument interdisciplinaire. La chaire a pour but de développer ce type de recherche et de connaissances.

F.M. : Ce qui est original, c’est la structure de cette chaire. Tous les trois ans, un concours sera organisé pour attribuer la chaire à un binôme de chercheurs issus, l’un issu de Sciences Po, l’autre de l’Université de Montréal. Grâce à des écoles d’été, des visio-conférences et des travaux en équipe, le duo conduira un projet commun de recherche et de formation qui aboutira sur des publications, des co-tutelles de thèse et, nous l’espérons, des demandes de financement. Cette chaire se veut une contribution francophone aux études internationales.

Une conférence intitulée "Entre chaos et éclatement : le monde en 2016" était organisée pour le lancement de la Chaire. Que faut-il retirer de cette conférence ?

F.M. : Nous souhaitions offrir un aperçu du potentiel de nos chercheurs. Nous avons donc invité Valérie Amiraux, une sociologue de l’Université de Montréal qui a obtenu son doctorat à Sciences Po, Lee Seymour, un politologue de l’Université de Montréal formé à Sciences Po et Northwestern University et Alain Dieckhoff pour qu’ils échangent sur les conflits régionaux. En tant que modérateur du débat, j’ai appris - grâce à Alain et Lee - que même si on a assisté à une baisse de la violence en Afrique ces dernières années, elle a augmenté au Moyen-Orient. Alain et Lee ont identifié les trois facteurs à l’origine de ce déplacement de la violence : l’évolution du système mondial, la puissance des États et le succès relatif des organisations internationales et régionales. Valérie nous a aussi rappelé qu’il était risqué de mêler des phénomènes très différents et nous a invités, en tant que chercheurs, à adopter une vision critique du monde et l’insuffler dans la sphère publique.

A.D.: Frédéric a bien résumé le lancement de la conférence. J’aimerais juste ajouter un élément qui m’a marqué : les États ne garantissent pas l’absence de violence - songez aux nombreuses guerres étatiques. Mais aujourd'hui, les conflits sont de plus en plus internes ou transnationaux et liés à l’absence ou la chute d’États (Lybie, Iraq, Yemen, …). Il est donc urgent de rétablir des États légitimes si nous voulons vivre dans un monde plus paisible. La conférence était un bon point de départ et je suis convaincu que nous nous engageons vers une coopération fructueuse.

Partager :
  • Envoyer
  • Imprimer