L’indépendantisme catalan, un modèle à suivre?

- Auteur :Obs. des fédérations - Publication

Éditorial du 20 octobre 2017

Le référendum indépendantiste catalan du 1er octobre dernier continue d’intéresser la planète et certaines régions du monde suivent attentivement le dénouement de cette crise apparemment insoluble. Cette semaine, l’Observatoire des fédérations se penche sur l’influence des évènements en Catalogne sur les mouvements indépendantistes d’autres régions — européennes, d’abord, mais aussi en Amérique du Nord, en Afrique et au Moyen-Orient.

Un peu plus de deux semaines après le référendum sur l’indépendance du 1er octobre dernier, le gouvernement espagnol martèle toujours qu’il estime illégal et inconstitutionnel le processus d’accession à la souveraineté dans lequel s’est engagé le président catalan Carles Puigdemont. Madrid exige que le mouvement indépendantiste abandonne sa campagne et restaure l’ordre constitutionnel dans cette région de l’Espagne (Jones et Burgen, 2017). M. Puigdemont souhaite plutôt suspendre les plans du mouvement, le temps de jeter les bases d’un dialogue entre les deux parties.

Les origines de la crise sont de la Catalogne dans son bulletin du 20 septembre.

Au-delà de la renégociation des nombreuses, mais les commentateurs politiques en rapportent d’abord les composantes économiques. Le développement économique et commercial inégal  en Espagne au 20e siècle a impatienté une partie de l’élite catalane, qui a encore récemment cherché à prendre ses distances vis-à-vis de ce qu’elle estime être des politiques déraisonnables d’austérité et de redistribution adoptées par le gouvernement central (Balfour, 2017). L’Observatoire a retracé l’histoire et les enjeux de l’autonomisation relations politiques et économiques à l’intérieur de l’Espagne se pose la question de l’influence du mouvement indépendantiste catalan sur l’Europe et le reste du monde. Des observateurs rapportent d’abord le fait qu’un grand nombre de pays européens se sont abstenus de dénoncer la répression policière espagnole le jour du vote en Catalogne (voir Boisvert, 2017). Peter O’Loughlin (2017) estime que le silence de l’Union européenne, par delà la justification officielle qui soutient qu’il s’agit d’un débat intérieur, est un héritage de l’accord européen tacite de 1945. Les capitales européennes se seraient alors entendues sur le fait que lefs frontières actuelles devaient être préservées pour que la paix le soit aussi (O’Loughlin, 2017).

Faut-il aussi rappeler que chaque pays craint sa dissolution et que l’Union européenne, à l’heure du Brexit, se trouve devant la menace de son propre morcellement. Aucun État ne souhaite raviver les mouvements nationalistes régionaux qui peuvent exister au sein de leurs frontières. À commencer avec le Royaume-Uni de Theresa May, qui a assuré à son homologue espagnol plus tôt cette semaine qu’il ne reconnaitrait pas l’indépendance de la Catalogne si elle la déclarait (Le Figaro, 2017). L’Écosse, qui a rejeté par voie de référendum la proposition indépendantiste en 2014, n’observe pas moins le déroulement des évènements en Catalogne d’un œil intéressé (Povoledo, 2017). Les revendications autonomistes catalanes auraient même fait école dans la Canvey Island, une île située au nord de l’estuaire de la Tamise dans le comté d’Essex, en Angleterre. Les conseils de l’île, qui appartiennent en majorité au Canvey Island Independent Party, disent s’inspirer de la démarche catalane pour demander davantage d’indépendance… de leur conseil régional (Kentish, 2017).

En Italie aussi, la question catalane a pour effet d’agiter les groupements nationalistes (Povoledo, 2017). En Lombardie et en Vénétie, deux régions prospères du nord de l’Italie, se tiendra dimanche prochain un vote sondant les citoyens sur l’opportunité de rapatrier régionalement un certain nombre de pouvoirs actuellement exercés à Rome. Roberto Maroni, président de Lombardie, estime qu’il est inadmissible que la région continue de faire parvenir à Rome 54 milliards d’euros de plus que ce qu’elle reçoit en retour chaque année. Ces mouvements autonomistes, portés notamment par le parti politique la Ligue du Nord et revigorés par les quelques succès écossais et catalans, réclament pour les provinces riches du nord de l’Italie une plus grande rétention de leurs revenus (Bennhold, 2014).

En France, les évènements des dernières semaines en Catalogne donnent une couleur particulière à certaines revendications nationalistes. Majoritairement, les Corses, qui se rendront aux urnes pour les élections territoriales les 3 et 10 décembre prochains, ne souhaitent pas pour le moment rompre leurs liens avec l’Hexagone : Le Monde rapporte plutôt que l’exemple catalan fait aujourd’hui office de « repoussoir » dans cette région (Roger, 2017). Les présidents du conseil exécutif et de l’Assemblée de Corse, l’autonomiste Gilles Simeoni et l’indépendantiste Jean-Guy Talamoni, déclarent en effet s’efforcer de désamorcer « l’affaire catalane ».

La crise dans la région catalane est aussi surveillée de près en Afrique, notamment au Nigeria et au Cameroun. Un correspondant de la BBC rapporte qu’à la suite de la tenue du référendum sur l’indépendance en Catalogne, les mouvements sécessionnistes y ont intensifié leur propre campagne (Soyinka Adejuwon, 2017). Espérant d’abord trouver en Espagne une solution pacifique à leurs revendications, des leadeurs indépendantistes déplorent aujourd’hui la répression policière opérée par Madrid. D’une même voix, certains dénoncent les mauvais traitements réservés par l’armée nigériane aux militants biafrais, qui réclame la formation d’un État séparé dans le sud-est du Nigeria. Au Cameroun aussi, un pays majoritairement francophone, des appels à l’indépendance par les deux régions anglophones se sont récemment faits plus insistants.

Les développements politiques en Catalogne alimentent également les pourparlers autonomistes dans les régions kurdes d’Irak, dans lesquelles a été tenu un référendum sur l’indépendance le 23 septembre dernier (Griffiths, 2017). Si les indépendantistes du Kurdistan irakien et de la Catalogne poursuivent une stratégie et des objectifs communs qui doivent les mener vers la sécession, les deux groupes confrontent l’un après l’autre l’adversité qu’offre leur gouvernement central respectif (Le Point, 2017). Pour un rappel des enjeux relatifs à la formation d’un État kurde au Moyen-Orient, voir le bulletin sur le Kurdistan syrien de l’Observatoire.

Il va sans dire que le sort de la Catalogne intéresse les Canadiens et les Québécois, indépendantistes comme fédéralistes. Le premier ministre Justin Trudeau n’a toujours pas condamné la répression exercée par les policiers de la garde civile expédiés par Madrid le jour du vote (Marquis, 2017). L’attitude du gouvernement fédéral actuel n’empêche pourtant pas l’équipe éditoriale du Globe and Mail de souhaiter que le premier ministre espagnol s’inspire de l’histoire canadienne : Ottawa aura employé tous les moyens possibles pour dérouter la campagne indépendantiste — la raison, la passion, les concessions, le droit, la fermeté et l’argent. Enfin, tous les moyens sauf un — la violence — à laquelle Madrid a tristement eu recours, continue le quotidien (The Globe and Mail, 2017).

Peu importe l’issue de la crise catalane, les questions relatives à la sécession de certaines régions continueront d’alimenter l’actualité politique de par le monde. Selon les calculs du professeur Ryan Griffiths, 55 mouvements indépendantistes étaient actifs en 2011 (Griffiths, 2017). De l’avis de cet expert, la plupart d’entre eux ne rempliront jamais leur objectif et il demeure impossible de déterminer si les indépendantistes catalans feront bientôt partie de cette majorité. Si la sécession était déclarée, la Catalogne devra postuler auprès de l’Union européenne pour en devenir un pays membre. L’adhésion d’un nouvel État à l’Union requiert l’assentiment de tous ses États membres, incluant l’Espagne, ce qui signifie que celle de la Catalogne n’est pas assurée. L’intégration de la Catalogne à l’UE, ou celle d’autres régions rendues autonomes comme l’Écosse, pourrait sans doute avoir pour effet d’attiser les mouvements indépendantistes d’autres pays membres (Bennfold, 2014).

 

Bibliographie

 

Crédit photo : radio-canada.ca

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